Un objet commence à parler seulement lorsque l'on s'y habitue.
J'ai toujours pensé qu'on pouvait diviser les objets en ceux qui deviennent tout de suite une partie de la vie et ceux qui nécessitent du temps. Il s'avère que ce n'est pas le cas. Tous les objets sont un processus, et non un moment.
L'objet auquel on s'attache ne se révèle pas immédiatement. Au début, il est étranger. On ne connaît pas ses détails. On ne ressent pas son naturel. Tout est nouveau, et dans cette nouveauté, il y a une certaine tension.
Avec le temps, on s'habitue. On commence à comprendre comment il tient dans la main. Comment l'ouvrir. Comment l'utiliser. L'objet devient progressivement une partie de nos habitudes. Ce n'est pas un processus de conquête, mais un processus d'accoutumance.
Au début, on a l'impression qu'il ne nous convient pas. Il n'est pas comme on l'imaginait. Mais au bout de quelque temps, on ressent qu'il devient une partie de notre quotidien. Lorsque l'on le perd, on ressent un vide qui était auparavant invisible.
Les objets auxquels on s'habitue deviennent quelque chose de plus que de simples objets. Ils cessent d'être simplement une forme. Ils deviennent une partie de notre histoire. À chaque trace, à chaque nouvelle tâche, à chaque coin qui s'arrondit — ils deviennent les nôtres. Et nous devenons les leurs.
Au début, ils semblent nouveaux et maladroits, mais avec le temps, ils acquièrent quelque chose de vivant. Ce n'est pas parce qu'ils changent. C'est parce que nous changeons. On commence à comprendre que ce qui compte ce n'est pas la nouveauté, mais l'interaction à long terme.
J'ai remarqué que les objets qui semblent étrangers deviennent une partie de notre monde lorsqu'on cesse de les regarder comme des éléments extérieurs. Une fois qu'on s'y est habitué, on ne remarque pas comment ils deviennent indispensables. Mais sans eux, le monde semble incomplet.
Tout ce qui nous entoure — à un moment donné devient une partie de nous. Ce n'est pas seulement une question d'objet. C'est une question de temps, d'habitudes, de la manière dont on s'y habitue. On ne remarque pas ces changements jusqu'à ce qu'on devienne plus vieux.
L'objet auquel on s'habitue devient comme une empreinte dans le sable. Au début, on ne la remarque pas, mais avec le temps, cette empreinte devient une partie de notre histoire.
Quand je regarde en arrière, je vois comment les objets qui sont devenus une partie de ma vie conservent en eux non seulement les traces du temps, mais aussi les traces de mes mouvements. Et c'est probablement la chose la plus importante.
L'objet auquel on s'habitue ne demande rien de plus que du temps.
J'ai cessé de chercher quelque chose de « nouveau ». Je n'ai plus besoin que les objets restent nouveaux. Leur valeur ne réside pas là-dedans. Ce qui est important, c'est le moment où l'on prend conscience de leur profondeur, de leur confort, de leur silence.
Les objets auxquels on s'habitue créent un sentiment de présence. Pas de rester à l'écart. Ils deviennent une partie de notre quotidien, mais restent en dehors du temps.
Dès que l'on arrête de chercher leur validation — les objets deviennent les nôtres.
Dans ce processus, il n'y a pas de quête pour la perfection. L'objet avec lequel on vit acquiert sa propre trace — et cette trace, on ne veut pas la perdre. On ne veut pas le changer. On veut qu'il reste une partie de nous.
Avec le temps, cela cesse d'avoir de l'importance. Ce qui compte, c'est qu'il soit avec nous.